Le  Ca  scribouillard /(4)

dernière mise à jour le 4 avril 2020

/avec les "Dix Mots" de la langue française 2020 :

Sur le thème : "Dis-moi dix mots au fil de l'eau"

Découvrons-les en deux grilles de mots croisés auxquelles ils sont communs :

Grille A :

Horizontal :
I
– Forêt des marais.  II – Regagnent leurs pertes.  III – Sodium – Arturo – Dix-neuvième chez les grecs.  IX – Fragment de seconde – Lieu de repos à rebours.  V – Deuxième arcane – Deux sur cinq.  VI – Fils d'Enée – Patinoire quand il gèle.  VII – Coule aisément.  VIII – Se réalise à l'eau sur du papier.  IX – Précède la fouille – Condiment renversé.  X – Suit la théorie – Moitié d'émigrette –
Au large des côtes aunisiennes.  XI – Noyer.

Vertical :
1 – Pétillant chez les Belges.  2 – Pièce architecturale – Ouverture de la pêche.  3 – Plongeuse en apnée du Japon – Bruit d'une chute dans l'eau.  4 – Prière abrégée – Fleuve côtier normand – Mauvaise posture de yoga.  5 – Chaumes – Commune de Galice.  6 – Verser des larmes de crocodile.  7 – Rivière de Russie – Mauvaise taule.  8 – Peut être absolu ou suspensif – Jeune tête en Aquitaine.  9 – Équidé tête en bas – Courte, brusque et qui mouille.  10  – Protège les berges – Monsieur anglais.                 
                                               

Grille B :

Horizontal :
I
– Souple, ondoyant – Contredanse.  II – Termine son cours à Gravelines – Aunée.  III – Celle d'Henriette-Anne d'Angleterre est célèbre.  IV – À la dérive.  V – Entrent dans l'esquif – Le fermium.  VI – Mariasses.  VII – Introduit un ajout – Protecteur des troupeaux.  VIII – Lieu d'affrontement.  IX – Vite avaler.  X – Nous plaignons chez les Portugais.  XI – Quart de sou – Schulman.  XII – Mie en miette – Souvent en écusson.  XIII – Blancs ou clairs.

Vertical :
1 – Ruisseau de l'Aude – Ses pigments sont transparents.  2 – Article – Arrivé – Prénom féminin arabe.  3 – Un oued l'alimente – Messagerie proposée par Google.  4 – Manière de couler.  5 – Transaction anglaise – Ouvre des possibles – Pluie soudaine.  6 – Rang indéterminé – Période chaude – Non substituable.  7 – Utilisa – Enjoué en Belgique.  8 – Splash – Pleines de vie.  9 – Pour séparer la paille du grain – Écosystème terre-mer. 

(Grilles proposées par M-F G)
Solutions en bas de page)

 

aquarelle, à vau-l'eau, engloutir, fluide, mangrove , oasis , ondée, plouf , ruisseler, spitant  

 

 

Marie Montcharmont

Il était comme un Oasis. Après une bonne grosse journée de merde, tellement pourrie que c'était comme traverser une mangrove à pied et s'enfoncer dans un marécage, tellement pourrie que c'était comme marcher sous une pluie forte et sentir les gouttes glaciales ruisseler des cheveux jusque dans le dos. Il était le soleil qui traverse les nuages après le mauvais temps, la verdure et l'eau après s'être perdu dans le désert. C'était peut-être parce qu'il était spitant dans une maison sombre ou bien juste parce qu'il s'agissait de mon petit frère de six ans. Je l'aimais plus que tout, et ma mère et moi essayions tant bien que mal de le protéger du mal. On prenait les coups à sa place, on le cachait, on lui inventait des histoires pour qu'il ne comprenne pas, ne voit pas, ce qu'il se passait vraiment dans notre famille.
       L'alcool qui traînait, notre père qui plongeait dedans,
plouf, et qui en ressortait à moitié fou et complètement violent. C'était comme si l'homme qu'il était était englouti tout entier dans l'alcool et remplacé par un monstre, qui levait si haut le bras que quand il retombait, la douleur était dure à supporter. Mais maman et moi, on supportait, on protégeait mon petit frère. On lui créait un paradis où il ne faisait jamais froid, jamais peur. Une aquarelle d'une vie qui n'existait pas vraiment. Et mon petit frère commençait à s'en rendre compte. 
      
Maman, pourquoi tu as l'œil bleu ? 
       Alors on racontait des histoires, on faisait de notre vie un conte, à base de gens à sauver, de dragons à monter, de moutons de compagnie et de mauvais rois qui étaient punis à la fin de l'histoire. Mais les choses ne pouvaient pas durer ainsi éternellement et tout partit
à vau-l'eau. Mon père leva la main trop haut, et nous n'avions pas été assez rapides cette fois-ci, il frappa si fort mon petit frère, que celui-ci tomba sur le sol, étourdi. 
       Alors dans ma tête ce fut comme une
ondée. Le caillou jeté dans le lac, remuant l'eau assez fort pour créer une averse. Le coup de mon père sur mon petit frère, c'était le coup de trop. Je ne vis plus rien que ma propre colère face au mal que faisait mon père et qu'il répandait partout, à cause d'un fluide dégueulasse qui le transformait en cet homme violent et horrible. 
       Je n'avais que onze ans, mais je lui fonçai dessus, prêt à le frapper aussi, prêt peut-être même à le tuer. Le tuer pour se débarrasser du mal, pour supprimer la noirceur. Mon père était le méchant des contes dont on baignait mon petit frère. Il était fort ce monstre, plus fort que moi, petit gringalet couvert de bleus. Mais j'étais en colère, j'étais furieux, j'étais la tempête réincarnée. 
      
Crève, crève, crève, hurlai-je. 
       Je le poussai si fort qu'il tomba la tête contre la table. Il s'y assomma, il y eut beaucoup de sang, et puis le silence. Mon petit frère s'approcha de moi et me prit la main, ce qui arrêta mes tremblements. Maman nous regarda comme si elle venait de se réveiller d'un long sommeil. Ses yeux n'étaient plus vides, ils étaient plein et ils nous regardaient vraiment. On ne pouvait pas se contenter de protéger mon petit frère, on devait partir pour offrir une véritable jolie vie à notre
Oasis
       Elle prit nos mains, et laissant notre père derrière nous, on quitta la maison. 

Fin.

 

Bernadette Larrière :

Exposition de peinture 

       «OH ! LA BELLE AQUARELLE » s'exclame Michel devant le tableau de son ami Dédé, peintre régional reconnu. «Non, décidément tu n'y connais rien, c'est une huile»… 
       Amis ils le sont depuis leurs jeunes années où ils se sont rencontrés l'un à l'École des Beaux-Arts l'autre à la Fac de Lettres à Besançon. 
       Dédé est devenu célèbre grâce à sa peinture et participe
à vau-l'eau à toutes les expositions ventes de tableaux et est ainsi parvenu à vivre de son art, qui engloutit la plupart de ses bénéfices en matériel: gouache, toiles, supports et autres brosses et pinceaux… 
       Michel qui l'admire depuis des années, lui, se pique de littérature et a passé sa vie à enseigner et à faire découvrir à des étudiants, pas toujours motivés, les auteurs classiques et des œuvres plus récentes voire contemporaines; il a commencé sa carrière avec des élèves de cours élémentaire à qui il a appris à lire de façon
fluide et si possible spitante! et il en est très fier, mais avec Dédé il demeure à jamais un néophyte et commente maladroitement ses tableaux et essaie de faire ruisseler les compliments! 
       Là, il est devant une assez grande toile
(50/60) qui représente une nature généreuse: c'est un bord de mer tropicale, où, plouf, un pélican plonge et rapporte un poisson-scie; au bord on voit une mangrove et au loin à l'intérieur des terres une oasis couverte de palmiers, sous un ciel à peine voilé car il vient d'y avoir une ondée bienfaisante… Michel s'extasie devant tous les détails colorés et la magnificence des tons variés et irisés !

 

Catherine Georges :

Au fil de l'eau

       Au cœur des mangroves tropicales, dans l'enchantement du murmure de l'eau et du chant des oiseaux exotiques, on entre dans un territoire unique. 
       Telle une aquarelle, un ru spitant ruisselle à vau-l'eau, comme une oasis du désert qui surgit, prêt à engloutir des milliers de poissons! 
       Dans le faible courant de l'eau, des canards de Barbarie exécutent des ploufs, avant de remonter vite à la surface vaseuse! 
      Tout à coup, une
ondée rare, mais assez brève et fluide, vient perturber le calme façonné par la nature et l'homme. 
      C'est comme l'arrivée du printemps avec ses averses impromptues, qui accueille toute une faune et flore propre à cette forêt des marais! 
               Que la nature est belle !
               Protégeons-là !

 

Marie-Françoise :

      Que la nature est belle ! Protégeons-là ! 
      Oui, beaux sont même les virus de toutes sortes aux teintes d'
aquarelle, aux formes de couronne. Beaux sont même les coronavirus dont le fameux Covid-19. 
      Lui aussi fait partie de la belle nature. Pourtant, brusquement il
ruisselle, il déferle tout spitant en ondées sur le monde et le met en émoi, prêt à engloutir, à décimer la race humaine et sa belle civilisation en train de partir à vau-l'eau, de s'envaser dans une mangrove aux eaux fluides et putrides, sans l'espoir d'une oasis salvatrice sous le climat déjà bien délétère. 
      Plouf
! Exit bientôt la belle humanité ? 
      Et peut-être retour à la nature pure
?

 

Roberte Burghard :

Le vieux moulin

      Jean aimait se retrouver comme chaque week-end dans cet ancien moulin. Dans cette oasis de fraîcheur, il pouvait se détendre au bruit de l'eau qui, selon les aléas de la météo, ondées ou orages, tantôt ruisselait, fluide et murmurante, tantôt se déversait en gros bouillons spitants sans réussir pourtant à animer la vieille roue aux aubes rouillées, avant de s'engloutir un peu plus bas dans la vallée. Le petit torrent apaisé étalait alors ses eaux en un vaste étang troublé seulement parfois par le plouf d'une grenouille s'ébattant dans la mini mangrove d'arbres couchés, de joncs, de racines et d'algues des bords vaseux. 
      Installé sur la terrasse devant son chevalet, Jean mettait la dernière main à une
aquarelle tout en laissant flotter ses pensées à vau-l'eau, comme les feuilles portées par le courant.

 

Brigitte Muller :

Une œuvre parfaite 

      Chevalet sur une épaule, mallette de peinture sur l'autre, l'artiste avançait d'un pas spitant le long de la plage sur le sable encore mouillé. Ce matin, il se sentait en forme, prêt à se mesurer aux grands peintres, Courbet, Monet et les autres: peintre amateur à ses heures, il avait décidé de séjourner à Trouville-sur-Mer en Normandie sur les traces des impressionnistes et lui aussi était tombé amoureux des falaises d'Etretat. En repérage la veille, il avait découvert un promontoire où il pourrait s'installer à son aise sans être dérangé. Il était donc parti de très bonne heure pour jouir de la luminosité matinale où les ombres longues et marquées étaient bien colorées. Il marchait plein d'entrain et de fort bonne humeur. Ah! la voilà, la fameuse roche percée, sa voûte ocrée qui finissait les pieds dans l'eau, dans l'immensité de l'océan. Oui, il sentait qu'il allait faire du beau travail: cette arche l'inspirait lui aussi et il repartirait avec une belle aquarelle
      Arrivé sur place, il installa son matériel, déplia le chevalet et sortit la planche sur laquelle il avait soigneusement encollé un superbe papier à grain torchon; sa palette, munie de ses couleurs préférées, était déjà prête. À l'aide d'un crayon, il posa, d'un geste vif, la base du dessin puis rapidement il démarra la peinture; bientôt, il se retrouva dans une bulle, une sorte d'
oasis intérieure, où alla se perdre sa conscience. Tout son être, aussi bien son corps que son esprit, participait à sa peinture; plus rien d'autre n'existait. Il était le geste, le mouvement, le coup de pinceau, la peinture: son tracé fluide, les couleurs transparentes et lumineuses allaient faire de son esquisse une œuvre parfaite. D'ailleurs, pour ne pas gâcher la spontanéité, il allait arrêter là son travail. Allez, la touche finale, puis la signature et... 
      C'est à ce moment précis qu'une vague, une vague scélérate qu'il ne vit pas venir, arriva sur lui, emporta son chevalet et
engloutit sa peinture. Il essaya bien de rattraper son matériel, mais en se penchant il glissa, perdit l'équilibre et tomba en avant; dans un grand plouf, il rejoignit sa peinture dans l'océan. Piteusement, il se hissa hors de l'eau, put repêcher une partie de ses affaires mais sa belle aquarelle avait définitivement disparu. Penaud, il rentra dans son meublé aussi ruisselant qu'une ondée sur la mangrove
      Assis devant un grog fumant pour conjurer un rhume naissant, il se dit qu'il ne sortirait plus: « une matinée où tout finissait
à vau-l'eau », il valait mieux rester chez soi. 
      Peindre une nature morte, peut-être.

 

Marie-Françoise :

      Tombé à l'eau, le Café littéraire du Printemps des poètes et des Dix mots de la langue française 2020 intitulé "Robert Desnos, d'Eau et de Courage"! 
     
Englouties dans la mangrove des annulations, nos prochaines rencontres mensuelles! 
      Parce qu'une
ondée de coronavirus, spitant et mortel aux êtres fragiles, sourdie en Chine en décembre 2019, ruisselle sur le monde au gré de flux professionnels, commerciaux, touristiques ou religieux! 
      Vous et moi, avons reçu l'injonction de ne plus s'approcher pour éviter nos haleines méphitiques, de se savonner maintes et maintes fois les mains, de se cloîtrer dans l'
oasis de notre chez-soi, de s'y adonner à la dentelle ou l'aquarelle, puisque marcher en forêt, pêcher ou rêvasser au bord de l'eau distraits par le plouf des poissons, est interdit pour une indéterminée durée! 
      Du Courage, il nous en faudra en ces temps de prudence confinée, où les vies sont sur le fil du rasoir, où tout semble partir
à vau-l'eau
      Troublante coïncidence ! Desnos, notre poète, n'en manquait pas, qui fut interné en camp de concentration, qui mourut du typhus la veille d'être libéré, qui, dans presque tous ses poèmes, évoque l'eau, ce
fluide, aux multiples aspects.

 

Marie Holder :  

      Plouf ! Tout partait à vau-l'eau.
     
Dans un cauchemar, je voyais un paysage sombre s'engloutir dans la vase d'une mangrove.
     
Et puis, miracle ! Pour moi qui rêvais d'une oasis où étancher ma soif d'un breuvage limpide  et spitant, une ondée soudain a jailli, faisant après elle ruisseler la lumière. Alors l'air est redevenu  fluide et  pur. Et le monde a repris les douces couleurs d'une aquarelle. 

 

Marie-Françoise :

Centon au fil de l'eau * 

      Nos vies sont larmes d'aquarelle 
      Car ton subtil amour est plus
fluide 
      Que l'eau vive, qu'on puise aux sources dans les bois 
      Et qu'on sent, malgré tout, fuir au travers des doigts. 
      Noire, la
mangrove reste un miroir 
      Et les rumeurs du jardin disent qu'il va pleuvoir. 
      Tout tressaille, avertit de la prochaine
ondée
      Et toi qui ne lis plus, sur ton livre accoudée, 
      Tu plains l'absent aimé qui ne pourra te voir, 
      Car Dieu, pour vous reposer, dans le désert du temps, 
      Comme des
oasis, a mis les cimetières...
      Derrière la fenêtre, les gouttes glissantes le long de la vitre 
      Semblent
ruisseler de tes yeux anxieux, 
      D'un bleu qui ne dépend 
      Ni de l'étain jaspé du ciel ni du plomb verdi de la mer. 
      Courage ! 
      Pour
engloutir tes sanglots apaisés 
      Il faut te laisser aller
à vau-l'eau
            Bateau sur l'eau 
            La rivière, la rivière 
            Bateau sur l'eau 
            La rivière 
            Et
plouf !
      Dans l'eau des départs de vaisseaux 
      Haut voilés dans l'air vif et
spitant.

* centon : nom masculin (du latin cento, -onis, vêtement rapiécé) 
Définition : Pièce de vers ou de prose dont les fragments sont empruntés à divers auteurs ou à diverses oeuvres d'un même auteur. 
Ici, à Milène Farmer / Albert Samain / Aimé Césaire / Marceline Desbordes Valmore /Théophile Gautier / Colette / Baudelaire / Joris-Karl Huysmans / et à une comptine
 

 

Corrigé des mots croisés 2020

Grille A
Horizontal : I - MANGROVE   II- REMPLUMENT  III - NA - UI - TAU  IV- SE - SISAO (oasis) V- PAPESSE - OA  VI- IULE - ETANG  VII- FLUIDE  VIII- AQUARELLE  IX- FOIR - LES (sel)  X- TP - YO - RE  XI- ENGLOUTIR
Vertical : 1- SPITANT  2- MENEAU - PE  3- AMA - PLOUF  4- NP - SEE - AOYG (yoga)  5- GLUIS - FRIOL  6- RUISSELER  7- OM - AETUL (autel ou taule) - RU  8- VETO - AILLET  9- ENA - ONDEE  10- TUNAGE - SIR
Mot en plus :
A VAU L'EAU

Grille B
Horizontal : I- FLUIDE - PV  II- AA - ENULA  III- ORAISON  IV- A VAU L'EAU  V- QESI - FM  VI- UNISSES  VII- AUSSI - PAN  VIII- RING  IX- ENGLOUTIR  X- LAMENTAMO  XI- LIARD - NEV  XII- EMI (mie) - ENTEE  XIII- ALBES
Vertical : 1- FA -
AQUARELLE  2- LA -VENU - NAÏMA  3- OASIS - GMAIL  4- RUISSELER  5- DEAL - SI - ONDEE  6- ENIEME - RUT - NS  7- USA - SPITANT  8- PLOUF - ANIMEES  9- VAN - MANGROVE
 

 

Retour à l'accueil du Café Scribouillard

SUITE

 

 

 

Retour à Accueil Café scribouillard  /  Calendrier  /   Lectures /
Expositions  /
Entretiens / Sorties /  Rencontre  /  Auteurs  /  A propos