Le Café Littéraire /ivresses

 

 

À voir le verre qu'il m'a servi, le remplissant aux trois quarts, je me suis fait une idée des doses assez généreuses qui devaient constituer son ordinaire. Peut-être était-il déjà ivre, ayant passé la soirée à boire. Il n'en avait pas l'air. Mais cela ne signifie rien. Sans doute cherchait-t-il à me saouler. En tout cas, dans l'état de fatigue où je me trouvais, l'alcool n'a pas tardé à produire sur moi son effet salutaire. Le cerveau se met à flotter dans la tête. Toutes les cellules qui le composent, on dirait qu'elles communiquent entre elles d'une manière différente. Des cloisons mentales coulissent qui donnent accès à des lieux, dans son esprit, dont on ne savait rien et dont on réalise soudain qu'ils existent, qu'ils correspondent les uns avec les autres avec une parfaite fluidité. Le monde reste le même, bien entendu, et pourtant il a totalement changé depuis la perspective d'où on le considère désormais. Passé un certain seuil, on a le sentiment d'avoir été pourvu d'un appareil étrange - de nouveaux organes doués chacun de sens nouveaux - dont les propriétés modifient toute perception possible de la réalité. La lassitude se dissipe. La conscience semble claire comme jamais. Plus rien ne paraît improbable. 

Philippe Forest, Crue

 

Les raisons pour lesquelles un homme se met à boire régulièrement de grandes quantités d'alcool peuvent être très diverses. Le résultat, lui, est généralement le même. 
       En 1973, mon associé était un ivrogne heureux. En 1976, l'ivrogne devint un rien grincheux et, durant l'été 1978, il posa une main maladroite sur la poignée de cette porte qui ouvre sur le premier stade de l'alcoolisme. Comme c'est le cas d'un grand nombre de buveurs invétérés, il était, quand il n'avait pas bu, quelqu'un de régulier et de sympathique, quoique manquant sans doute de finesse. Et tout le monde le trouvait ainsi: pas fin, mais régulier et sympathique. Lui-même pensait cela de lui. Et c'est pour cela qu'il buvait. Car il lui semblait pouvoir être, quand il avait bu, en parfaite harmonie avec cette opinion qu'il était un homme régulier et sympathique. 
       Il y parvenait certes très bien, au début du moins. Mais avec le temps, à mesure qu'augmentait la quantité d'alcool, un léger écart se glissa, qui devint bientôt un abîme. Son caractère régulier et sympathique le devançait tellement que lui-même n'arrivait plus à le rattraper. Le cas est fréquent. Mais dans leur majorité les gens sont loin d'imaginer qu'ils appartiennent à cette catégorie du "cas fréquent". À plus forte raison quand ils ne sont pas très fins. Pour retrouver ce qu'il avait perdu de vue, il se mit à dériver au milieu des brumes d'alcool toujours plus épaisses. Et la situation empira. 

Haruki Murakami, La course au mouton sauvage

 

Face à un verre de vin «pâle, frais, sec» dont il [Bachelard] nous dit qu'il «met en ordre toute [sa] vie champenoise», il confie: «On croit que je voie: je me souviens...». 

Françoise Ascal, Un rêve de verticalité 

 

Bref, nous buvions beaucoup, nous buvions trop, en sorte que la méditation, même si j'y étais fidèle, je la faisais souvent avec la gueule de bois, ou carrément bourré. C'est carrément bourré que je m'exerçais à faire circuler le souffle et l'énergie, d'abord en montant le long de la colonne vertébrale jusqu'au sommet du crâne, puis en redescendant par l'avant du corps (en gros, c'est ça, la petite circulation), le tout à grand renfort d'autosuggestion et dans un maelström de pensées parasites que non seulement j'échouais à calmer mais qui en plus me paraissaient sur le moment formidables. Après je déchantais bien sûr. Ivre ou défoncé, j'étais souvent les deux, on croit attraper des pépites, on se retrouve avec une crotte de bique dans la main. 

Emmanuel Carrère, Yoga

 

Une fois dehors, l'air frais nous sembla une bénédiction. Une aération de bienvenue. Je ne sais pas pourquoi je m'étais laissé aller à boire ainsi, malgré la fatigue et la nécessité de rester concentré. Sûrement pour être en phase avec Valérie. On ne passe de bonnes soirées que dans l'équilibre des liquides. Deux personnes sobres ont beaucoup à partager; deux personnes alcoolisées encore plus; mais un sobre et un alcoolisé ont-ils vraiment la possibilité d'échanger? Je justifiais cette théorie par le fait que nous titubions légèrement dans la nuit. Valérie me tenait le bras pour ne pas tomber, mais demeurait suffisamment lucide pour nous guider. Elle répéta plusieurs fois qu'elle n'avait pas autant bu depuis longtemps, et que ça lui faisait du bien. C'est vrai, nous étions bien. Deux inconnus ensemble, ivres dans la nuit, errant pour prolonger un peu ce moment d'ailleurs. J'aime les heures déconnectées de tout; ces instants où l'on n'a pas de comptes à rendre à sa propre vie. 

David Foenkinos, La famille Martin

 

Les belotes ont repris: les compères se sont rabibochés et pour fêter l'événement, Sirdaner, royal, nous a offert une cuite au muscadet des plus sérieuses. Après seize fillettes, Amédée et Lamiral sont partis dans les bras l'un de l'autre, à minuit, pour une valse muette sur la place. Le gendre boucher est venu peu après («si c'est pas une honte à votre âge») rechercher Lamiral par la peau du pantalon. Quant à moi, il me semble que j'ai déclamé de piètres vers aux étoiles. Sirdaner a couché sur une table du bistro, Pergus à ses côtés, qui lui n'avait bu que du sirop d'orgeat en raison d'une santé délicate, mais avait-il tenu à nous dire: «Le cœur est avec vous.»

Philippe Claudel, Meuse l'oubli

 

       La caravane pressée de nos jours, comme elle passe !
       Ne laisse pas s'effacer
l'instant de plaisir qui passe.
       Du lendemain des convives que te soucies-tu, ma belle ? 
       Vite incline la bouteille et buvons, car la nuit passe.
       Vivre te soit bonheur !

Omar Khayyam

       

        Si quelque chose devait me manquer, ce ne serait pas le vin, ce serait l'ivresse. 

Audiard

       M. Grinsted est revenu sans tarder muni d'un plateau, de coupes à champagne et d'une bouteille de Dom Perignon dans un seau. Oncle Leander l'a débouchée lui-même, avant de remplir les verres, que le majordome a distribués. 
      
À Marie-Blanche, a dit mon beau-père en levant le sien. Et à sa quatorzième année. 
       Tout le monde l'a imité et m'a félicitée. Je me suis soudain prise pour une grande personne moi aussi. Je n'avais encore jamais bu de champagne, cela me piquait les narines, mais c'était délicieux. 
       Je me demande si cet épisode ne marque pas le début de ma vie de beuveries
ce premier verre, mémorable, à La Héronnière, pour mes treize ans; une impression de maturité, et la proximité des adultes. Les bulles semblaient me monter droit au cerveau, je me sentais gaie et légère; ma timidité, mes inhibitions, même ma peur de maman paraissaient s'évanouir. 

Jim Fergus, Marie-Blanche

 

       Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
       Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
       Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Baudelaire, Le Spleen de Paris, XXXIII

 

       Voici venir les jours où les œuvres sont vaines
       Où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits
       Mais je bois goulûment les larmes de nos peines
       Quitte à briser mon verre à l’écho de tes cris
       Je bois joyeusement faisant claquer ma langue
       Le vin tonique et mâle et j’invite au festin
       Tous ceux-là que j’aimai ayant brisé leur cangue
       Qu’ils viennent partager mon rêve et mon butin
       Buvons joyeusement ! chantons jusqu’à l’ivresse !
       Nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles
       Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses.
       Les verrous sont poussés au pays des merveilles.

  Robert Desnos, Le poème à Florence (extrait)

 

Après le dessert et ce dernier verre, j'étais complètement, désespérément saoule. L'expression triomphante de ces dames Anglaises m'a brusquement exaspérée. Me levant en vacillant, je leur ai jeté une telle insulte qu'en y repensant aujourd'hui, je rougis encore. J'allais faire bien pire dans ma longue carrière d'ivrogne, mais c'était la première fois. S'ensuivit un silence stupéfait, et Arthur, interloqué, éclata de rire. J'ai repoussé mon siège, m'apprêtant, indignée, à quitter la pièce. Mais j'en fus incapable, j'avais la tête qui tournait et, perdant l'équilibre, je me suis écroulée sur la table dans un fracas d'assiettes brisées. 

(...) 

Quand nous en avions le temps, oui, nous allions dans les bars, et là, je buvais. Je n'ai jamais franchement supporté l'alcool. Je me sentais bien après un premier verre, ça me détendait, c'était agréable d'être un peu gaie, mais au second j'étais ivre, et au troisième complètement paf. Ensuite, je ne savais plus me tenir. 

(...) 

Josette a dû essayer de me réveiller plus tôt oui, ça, je m'en souviens vaguement. C'est même une des rares choses qui me reviennent en mémoire. Malgré les gueules de bois épouvantables qu'il faut endurer, l'un des plaisirs méconnus de l'alcoolisme est qu'il revient aux autres de s'occuper de vous. Mais aussi qu'on passe pas mal de temps au lit, et surtout qu'on se rappelle rarement ses écarts de conduite. On ouvre brusquement les yeux et on trouve son chemisier repassé.  

Jim Fergus, Marie-Blanche

 

« Il dévorait des livres par douzaines, et lisait tout, ce qui lui tombait sous la main, même lorsque son valet de chambre l’aidait le soir à se déshabiller ; il allait ainsi de la veille au sommeil, pour se livrer de nouveau le lendemain aux oiseux bavardages des salons et des clubs, et passer son temps entre les femmes et le vin. La boisson devenait de plus en plus pour lui un besoin physique aussi bien que moral, et il s’y adonnait avec passion, en dépit des avertissements des médecins, qui, vu sa corpulence, y trouvaient un danger sérieux pour sa santé. Il ne se sentait heureux et véritablement à son aise que lorsqu’il avait avalé plusieurs verres de spiritueux : la douce chaleur, la tendre bienveillance pour son prochain, qu’il éprouvait alors, le rendait capable de s’assimiler toute pensée sans toutefois l’approfondir. Alors seulement le nœud gordien si compliqué de la vie perdait à ses yeux de son effrayant mystère, et lui paraissait même facile à dénouer ; alors seulement il se disait : « Je le déferai, je l’expliquerai… tout à l’heure j’y penserai ! » Mais ce « tout à l’heure » ne venait jamais, et il n’y repensait que pour voir de nouveau ces énigmes se dresser devant lui, plus terribles et plus insolubles que jamais, et il se hâtait de reprendre ses lectures pour chasser les pensées pénibles.

Léon Tolstoï, Léon. « La Guerre et la Paix – Tome II

 

Mon père avait bien tenté de trouver à nouveau du travail mais il s'était découragé après avoir essuyé une centaine de refus. Il continuait à inviter ses copains tous les soirs qui ramenaient deux litres de pastis, parfois plus, pour trois, et plus les mois passaient, plus l'ivresse était difficile à atteindre. Mon père et ses copains en avaient conscience Oh maintenant j'ai plus de pastis dans les veines que de sang

Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule

 

Quand le client boit raisonnablement, il rapporte raisonnablement. S'il boit beaucoup, il rapporte beaucoup. Et quand il est saoul, c'est là qu'il rapporte le mieux. Parce qu'il ne fait plus attention à ce qu'il dépense. L'homme saoul, vous le savez peut-être, n'a plus de dettes, plus de factures en retard, plus de femme infidèle, plus de patron tyrannique, plus d'obligations sociales, plus d'ennuis avec l'administration, plus d'impôts à supporter. Il est saoul. Je ne dis pas qu'il est heureux, mais en tout cas il n'est plus malheureux à cause de ce qui le rend malheureux d'habitude. Quand on a gagné ce que j'ai gagné grâce aux gens qui boivent, monsieur, on a du respect pour l'alcoolisme. Les ivrognes, vous savez, la profession devrait leur élever un monument. 

Franz Bartelt, Hôtel du Grand Cerf

 

Tout d'abord, sans avoir eu de prédisposition innée pour les spiritueux, je suis devenu un buveur invétéré. Je ne suis pas idiot, et je ne me conduis point en pourceau. Je connais l'art de boire depuis A jusqu'à Z, et, dans mes libations, j'ai toujours fait preuve de discernement. Je ne titube pas ; je n'ai jamais eu besoin de personne pour me mettre au lit. En un mot, je suis un individu moyen et normal, c'est pourquoi je bois selon une moyenne normale, quand l'occasion s'en présente; et c'est précisément sur un individu de cette catégorie que je veux décrire les effets de la boisson. Je n'ai absolument rien à dire de ces buveurs excessifs que l'on appelle des dipsomanes, car je n'attache pas la moindre importance à leur manie exceptionnelle. 

Il existe, généralement parlant, deux types d'ivrognes : celui que nous connaissons tous, stupide, sans imagination, dont le cerveau est rongé par de faibles lubies ; il marche les jambes écartées, d'un pas mal assuré et s'étale fréquemment dans le ruisseau; il voit, au paroxysme de son extase, des souris bleues et des éléphants roses. C'est ce type-là qui provoque la verve des journaux comiques. 

L'autre type d'ivrogne a de l'imagination et des visions. Cependant, même lorsqu'il tient une sérieuse cuite, il marche droit, sans jamais chanceler ni tomber, car il sait exactement où il se trouve et ce qu'il fait. Ce n'est pas son corps qui est ivre, mais son cerveau. Selon le cas, il pétillera d'esprit ou s'épanouira dans une bonne camaraderie. Peut-être entreverra-t-il des spectres et fantômes, mais intellectuels, d'ordre cosmique et logique, dont la vraie forme est celle de syllogismes. C'est alors qu'il met à nu les plus saines illusions de la vie et considère gravement le collier de fer de la nécessité rivé à son âme. L'heure est venue pour John Barleycorn. Il va mettre toute sa ruse à exercer son pouvoir.

L'ivrogne ordinaire roule facilement dans le ruisseau, mais quelle terrible épreuve, pour l'autre, de se tenir droit, bien assuré sur ses deux jambes, et de conclure que dans l'univers entier il n'existe pour lui qu'une seule liberté : celle de devancer le jour de sa mort. Pour un tel homme, cette heure est celle de la raison pure (dont nous reparlerons ailleurs), où il sait qu'il peut seulement connaître la loi des choses jamais leur signification. Heure dangereuse, pendant laquelle il s'engage d'un pas ferme dans le sentier qui conduit au tombeau. 

Tout est net à ses yeux. Toutes ces ascensions illusoires vers l'immortalité ne sont que les terreurs éprouvées par des âmes en proie à l'idée de la mort, et trois fois maudites par leur don d'imagination. Elles ne possèdent pas l'instinct du trépas : il leur manque la volonté de mourir quand l'heure sonne pour elles. Elles s'illusionnent en voulant tricher avec la mort pour gagner un avenir personnel, et abandonnent les autres animaux aux ténèbres du tombeau ou à l'ardeur dévorante du four crématoire. Mais notre homme, à ce moment où il juge froidement les choses, sait que ces âmes-là se leurrent et sont dupes d'elles-mêmes. Le dénouement est le même pour tous, il n'y a rien de nouveau sous le soleil, pas même cette idée chimérique après laquelle soupirent les âmes faibles: l'immortalité. 

Jack London, Le cabaret de la dernière chance

 

 C'est au cours de cette orgie sur l'Idler que me fut révélée l'endurance de mon estomac et de ma tête petite découverte qui devait être une source d'orgueil pour les années à venir, mais que j'en suis venu à considérer, en fin de compte, comme une calamité. L'homme heureux est celui qui est incapable d'avaler deux verres sans être ivre ; le pauvre bougre à plaindre est celui qui peut en absorber beaucoup avant de trahir les moindres symptômes d'ébriété, et qui doit en boire des quantités pour recevoir le « coup de fouet». 

Jack London, Le cabaret de la dernière chance

 

Cependant aucun goût pour l'alcool ne naissait encore en moi, et mon organisme ne le réclamait pas. Des années d'ivrognerie n'étaient pas parvenues à m'en inculquer le désir. Boire était un des modes de l'existence que je menais, une habitude des hommes avec qui j'étais mêlé. Lorsque je partais en croisière sur la baie, je n'emportais aucun spiritueux ; au large, jamais l'envie de la boisson ne me tourmentait. Mais une fois le Razzle-Dazzle à quai, et dès que je pénétrais dans ces lieux de réunion qui bordent la côte, où l'alcool coulait à flots, l'idée s'implantait chez moi que l'offrande et l'acceptation mutuelles de liquides constituaient un devoir social et un rite essentiel de la virilité. 

Jack London, Le cabaret de la dernière chance

 

 Ainsi procèdent les fidèles de John Barleycorn. Quand la fortune leur sourit, ils boivent. Si elle les boude, ils boivent dans l'espoir d'un de ses retours. Est-elle adverse ? Ils boivent pour l'oublier. Ils boivent dès qu'ils rencontrent un ami, de même s'ils se querellent avec lui ou perdent son affection. Sont-ils heureux en amour, ils désirent boire pour augmenter leur bonheur. Trahis par leur belle, ils boiront encore pour noyer leur chagrin. Désœuvrés, ils prennent un verre, persuadés qu'en augmentant suffisamment la dose, les idées se mettront à grouiller dans leur cervelle, et ils ne sauront plus où donner de la tête. Dégrisés, ils veulent boire ; ivres, ils n'en ont jamais assez. 

Jack London, Le cabaret de la dernière chance 

 

Bois ! me dit la raison pure. Les Grecs croyaient que les dieux leur avaient donné le vin pour leur permettre d'oublier la misère de l'existence. Souviens-toi aussi de ce qu'a dit Heine. (...) 
       « Avec le dernier soupir, tout est fini : la joie, l'amour, la tristesse, le macaroni, le théâtre, les tilleuls, les bonbons à la framboise, le pouvoir des relations humaines, le papotage, l'aboi des chiens, le champagne.» 
       (...) 
       Eh bien, Liu Ling était plus sage que toi, me lance la raison pure. Tu te souviens de lui ? Je hoche la tête. Liu Ling, un grand buveur, faisait partie d'un groupe de poètes-ivrognes qui s'intitulaient les Sept Sages du bosquet de bambous ; ils vivaient en Chine voilà des siècles. 
       ―
C'est Liu Ling qui déclarait que pour l'homme ivre les affaires de ce monde font l'effet d'herbes folles sur la rivière. Eh bien, prends un autre scotch, et que les apparences et les illusions deviennent pour toi l'herbe sur les flots. 

Jack London, Le cabaret de la dernière chance

Citations sur le vin

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