Le Café Littéraire / Femmes

 

      Les femmes sont comme des navires: des navires voguant sur des eaux dont les profondeurs leurs sont inconnues; des navires sur les mâts desquels d'étranges oiseaux sauvages des pensées errant d'île en île d'enchantement lointain se posent un instant puis s'envolent à jamais; des navires qui peuvent chevaucher sans dommage les plus furieuses et les plus tragiques tempêtes, des navires qu'un écueil caché, inconnu des cartes terrestres, peut faire sombrer corps et bien sans préavis et sans merci ! 

John Cowper Powys, Jugements réservés

 

      Les hommes fonctionnent à peu près tous de manière identique. Nous avons beau paraître très différents et avoir des vies qui ne se ressemblent pas, ce sont les mêmes moteurs qui nous animent. Nous passons notre vie à gérer nos envies, au mieux nos devoirs, en fonction de nos moyens. Pour vous, les filles, c'est différent. Contrairement à nous, vous n'agissez jamais pour vous-mêmes. Votre vie n'est pas gouvernée par ce que vous voulez ou ce que vous pouvez, mais en fonction de ceux que vous aimez. Nous faisons toujours les choses dans un but, vous les accomplissez toujours pour quelqu'un.

Gilles Legardinier, Complètement cramé !

 

      Plus l'âme est vide, moins elle fait contrepoids, et plus elle s'abaisse facilement sous la charge de la première influence qu'elle subit. Voilà pourquoi les enfants, les gens du commun, les femmes et les malades sont plus sujets que les autres* à être menés par le bout du nez. 
*
On voit combien Montaigne est de son temps...! Les gens du commun ("le vulgaire"), et "les femmes", sont pour lui des êtres inférieurs. 

Michel Eyquem de Montaigne, Les essais Livre I chapitre 26 C'est une sottise de faire dépendre le vrai et le faux de notre jugement (dans la traduction moderne de Guy de Pernon d'après le texte de l'édition de 1595)

 

Tout date du jour où l’homme découvrit son rôle dans la procréation, ce qui bouleversa le rapport des sexes et provoqua une mutation dans des sociétés souvent matriarcales jusque-là. Possédant déjà la force physique, indispensable pour survivre en ces temps anciens, les hommes s’emparèrent alors du pouvoir de procréer.

« La mère, dit Eschyle, ne saurait donner la vie. Elle n’est qu’un vase où le germe vivant du père se développe... C’est au père que sont dus le respect et l’amour des enfants. Qui tue sa mère n’est pas parricide.»

Effaçant des siècles de jalousie pour ce mystérieux pouvoir féminin, les mâles allaient pouvoir fonder, sur une erreur biologique, des sociétés où les femmes ne pourraient plus jamais revendiquer la première place.

Benoîte Groult, Ainsi soit-elle !

 

Mon égalité enfin conquise n’était en fait que l’alignement sur tes positions, l’adhésion à ton système, l’acceptation de ta loi, l’adoption pure
et simple de ton "way of life".
Pour être ton égale, il fallait me naturaliser mâle, m’assimiler à ta société, m’intégrer à ton monde.
Il s’agissait d’emprunter ton instruction, ta
culture, de briguer tes places, tes privilèges.
Fallait-il chanter victoire? L’égalité tant convoitée était en fait une belle victoire au masculin. La plus belle, peut-être.
L’émancipation par l’égalité n’allait pas plus loin que l’accès aux valeurs en cours. Les tiennes.

Mariella Righini

 

                   Matisse 

Il faut enfin guérir d’être femme. Non pas d’être née femme, mais d’avoir été élevée femme dans un univers d’hommes, d’avoir vécu chaque étape et chaque acte de notre vie avec les yeux des hommes, selon les critères des hommes. Et ce n’est pas en continuant à lire les livres des hommes, à écouter ce qu’ils disent en notre nom ou pour notre bien depuis tant de siècles que nous pourrons guérir.

Benoîte Groult, Ainsi soit-elle !

 

Faut attendre que ça se passe. Il faut attendre que des générations entières d’hommes disparaissent...

Marguerite Duras et Xavière Gauthier, Les Parleuses

 

      Les femmes sont des êtres inférieurs parce qu’en se donnant, elles s’ouvrent. Leur infériorité est constitutionnelle, et vient de leur sexe, de leur « fissure », blessure qui jamais ne se cicatrisera.

Octavio Paz, Le Labyrinthe de la solitude

 

      Elles ont compris, depuis que Noé les fit monter sur l’arche, que le mâle n’était qu’un accessoire, acceptable un seul jour, pour un accouplement. Il ne sert qu’à « ça », et pour « ça », se goberge, rugit ou se pavane, fier de ce mince atout.(...) La mante religieuse dévore son époux. Sensible et raisonnable, elle ne peut supporter de l’avoir dans les pattes après l’accouplement. Si la femme acceptait de faire comme l’insecte, il n’y aurait sur terre plus de coiffeurs, de ministres, de militaires et de maîtres des forges, encore moins de banquiers. La terre serait ronde, il n’y aurait plus de guerres...

José Luis de Villalonga, Femmes

 

      Ah! Plût aux dieux que vous autres, Mesdames qui rendez une âpre justice et condamnez la cause masculine, fussiez à l’égal de Sophie demeurées occluses! Si seulement chacune d’entre vous fermait boutique définitivement. Ne dépendrait-il pas de vous d’en finir avec la conception, l’enfantement? Le moment ne serait-il pas venu d’arrêter le trafic, d’échapper aux filles et aux fils, de ne plus rien porter à terme et de permettre à l’humanité une sortie pensive? J’ai devant moi des statistiques portant espoir. Du mariage à deux enfants, au mariage à un, au mariage à zéro. Exit l’histoire. Plus de croissance. Après une relative sénescence: l’extinction silencieuse, sans glas. La nature vous en saurait gré. Notre planète pourrait renaître.

Günther Grass, Le Turbot

 

 

      Mais il ne sut jamais d’où cela provenait. Je n’étais pas seule à me percer le ventre. Que de misères de femmes derrière les persiennes closes... et même, jusqu’au jour d’aujourd’hui, que de solitudes rêches autour d’un sang qui coule avec un peu de vie... O cette mort affrontée au coeur même de sa chair... que de misères de femmes...

Patrick Chamoiseau, Texaco

 

 

                   Matisse

      La femme est un objet, alternativement précieux ou empoisonné, toujours différent. En la convertissant en objet, en être à part et en la soumettant à toutes les déformations que son intérêt, sa vanité, son angoisse et même son amour lui dictent, l’homme la convertit en instrument. Moyen de connaissance et de plaisir, moyen de dépasser la vie, la femme est une idole, une déesse, une mère, une sorcière ou une muse, mais elle ne peut jamais être elle-même.

Octavio Paz, Le Labyrinthe de la solitude

 

      « ...les braves filles savent parfois joliment jouer du piano et se lancent dans la poterie ou les métiers d’art, l’architecture intérieure convient à leur talent de décoratrices; elles peuvent sans peine, dès qu’elles souffrent, aiment ou fraternisent avec la schizophrénie ophélienne, à grand renfort de sang, de secrétion vaginale ou d’encre splénétique, écrire des vers émouvants, mélancoliques ventouses. Le Messie de Händel, l’Impératif catégorique, la cathédrale de Strasbourg, le Faust de Goethe, le Penseur de Rodin et le Guernica de Picasso, tout cela, les sommets de l’art leurs sont interdits.»

Günther Grass, Le Turbot

 

      Quand sera brisé l’infini servage de la femme, l’homme, abominable jusqu’ici lui ayant donné son congé, quand elle vivra pour elle et par elle... elle sera poète, elle aussi...

Arthur Rimbaud

 

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