Le Café Littéraire / Inspiration mexicaine
 

 

Comment expliquer la fascination qu'exerce, sur ceux d'entre nous qui viennent à le connaître, l'ancien monde aztèque de Tenochtitlan, la capitale mexicaine qui devait tomber aux mains de Cortès ?
Exotisme ? Bien sûr. Masques de jade, coiffures de plumes, femmes semblables à de précieux oiseaux des tropiques, pyramides aiguës et terrasses couronnées de fleurs, rythme lancinant des flûtes et des "teponaztli" : autant de filtres, qui nous entraînent, comme jadis les champignons sacrés et le "peyolt", dans un univers de rêve à jamais disparu. Mais ce n'est pas tout.
   

Attrait un peu trouble que ressent le civilisé occidental face à une autre civilisation, à une autre conception de la vie ? Oui, certes. Comment ne pas nous interroger face à une culture qui juxtapose la poésie la plus délicate et une éthique raffinée avec le vertige de la mort, le sang répandu à profusion dans les sanctuaires, le symbolisme macabre de l'art religieux ?
De cette confrontation naît une réflexion plus profonde sur nous-mêmes, si différents de ces hommes-là qui pourtant sont nos frères et, d'une certaine façon, nous aident à nous révéler à nous-mêmes. Mais ce n'est pas tout.
(...) une des clé de ce monde si gracieux et si violent : la tension permanente entre les deux pôles que symbolisent le Serpent-à-Plumes, héros civilisateur, inventeur des arts et de la sagesse, et le ténébreux Tezcalipoca, divinité astrale et guerrière.

Jacques Soustelles
Préface à : Le Jade et l'Obsidienne, d'Alain Gerber

 

... On relate de la manière suivante, qu'un infidèle, un Génois du nom de Colomb, découvrit ces lieux. Un livre tomba entre les mains du dit Colomb, où il était dit qu'à l'extrémité de la mer occidentale, c'est-à-dire sur son côté ouest, il y avait des côtes et des îles renfermant toutes sortes de métaux et de pierres précieuses...

Charles Berlitz, Les mystères des mondes oubliés.

 

En serait-il comme, à ce qu'il paraît, il en est de ce dieu des Etres, de ce dieu Christ attaché à deux morceaux de bois ?
Quand, vomis par les eaux divines, les Etres débarquèrent sur la terre, c'était l'an Un-Roseau, de Serpent-à-Plumes, l'année castillane 1519 de ce dieu Christ. On avait dit et on continuait à dire, on le disait davantage, que Serpent-à-Plumes reviendrait de l'orient, de la terre à la couleur rouge, une année ayant nom : Un-Roseau.

Carlo Coccioli, L'Aigle Aztèque est tombé

   

En 1524, 12 franciscains arrivèrent à Vera Cruz et marchèrent pieds nus, jusqu'à Mexico. Ils n'eurent pas de mal à faire admettre aux Aztèques la signification de la mort du Christ : leurs dieux ne s'étaient-ils pas sacrifiés pour les hommes ? Les saints prirent la place des anciens dieux. Le sanctuaire de la Vierge de Guadaloupe, à Mexico, s'élève à l'endroit où les Aztèques faisaient des offrandes à Tonantzin, déesse de la maternité.

Jill Hughes, Les Aztèques.

 

Les Aztèques éventraient couramment, qu'on raconte, dans leurs temples du soleil, quatre vingt mille croyants par semaine, les offrant ainsi au Dieu des nuages, afin qu'il leur envoie la pluie. C'est des choses qu'on a du mal à croire avant d'aller en guerre. Mais quand on y est, tout s'explique...

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

En somme, la Conquête du Mexique est un fait historique dans lequel interviennent des circonstances nombreuses et diverses, mais il me semble qu'on oublie fréquemment celle-là qui est sans doute la plus significative : le suicide du peuple aztèque.

Octavio Paz, Le Labyrinthe de la solitude.

 

Il regardait la fumée d'un air méditatif. Il ne semblait pas m'avoir entendu approcher, et pourtant je savais qu'il avait conscience de ma présence.
« Il est exact que mes ancêtres étaient des princes. Dans la plaine que couvre aujourd'hui cette jungle, il y avait jadis plus de cent vingt villes et villages. Il y avait aussi des cités sacrées, des temples et des pyramides par dizaines, à présent recouverts par une terre pitoyable qui les protège contre la profanation. Les villes et les villages ont été détruits. Leurs habitants ont été assassinés par les Espagnols quand ils ont conquis nos terres. Notre peuple voulait la paix. Il avait signé un traité avec les conquistadores -- mais ces hommes qui n'avaient pas un vrai dieu pour guider leur coeur ont renié leur parole et notre peuple a pris les armes pour secouer le joug de la torture, de la terreur et de l'esclavage. La première armée envoyée contre nous a été défaite. Alors le général est venu avec ses troupes spéciales et ils ont amené avec eux vingt mille mercenaires indiens, traîtres à leur propre race, des chevaux et des canons qui ont craché le feu sur nos guerriers. Les hommes, les femmes et les enfants ont été massacrés sans pitié, nos villes, nos villages et nos temples réduits en cendres. En six jours, cinq cents princes ont péri au combat. Si des serviteurs fidèles n'avaient pas emmené les enfants de six ou sept de nos rois pour les cacher dans les montagnes, je ne serai très vraisemblablement pas ici... »

B. Traven, Le Visiteur du soir.

 

Tous tant que nous sommes, nous naissons déshérités et notre condition véritable est celle de l'orphelin ; mais cela est encore plus vrai pour les Indiens et les pauvres, au Mexique.

Octavio Paz, Le Labyrinthe de la solitude.

 

Levant les yeux, il découvrit successivement de courtes bottes de cavalier, des culottes collantes et enfin un Charro tout entier, debout devant lui. Le Charro portait un immense sombrero à brides dorées. Sa courte veste était ornée de spendides broderies d'or, d'argent et de soie multicolore.

B. Traven, Le Visiteur du soir.

 

Le Mexicain ne veut être ni Indien ni Espagnol. Il ne veut pas non plus descendre d'eux. Il les renie. Il ne s'affirme pas comme métis, mais comme abstraction : il est un homme. Il se veut fils du Néant. C'est en lui-même qu'il commence.
(...) Recherche et découverte de nous-mêmes, le mouvement révolutionnaire transforma le Mexique, le fit "autre". Etre soi-même revient toujours à être cet autre que nous sommes, promesse ou possibilité d'être.

Octavio Paz, Le Labyrinthe de la solitude.

 

Les Indiens et les demi-Indiens n'ont aucune notion du temps. Lorsqu'ils sont dans l'ennui ou la peine, ils viennent vous trouver à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

B. Traven, Le Visiteur du soir.

 

La grande découverte du peuple Maya, c'est d'avoir pressenti que ce monde terrestre n'est pas autonome, mais qu'il est une parcelle de l'infini, et que ce temps n'est qu'un passage sur la grande roue du temps.

Pour les Mayas, le calendrier était la forme parfaite du langage, de la pensée. Seul il pouvait rendre visible aux yeux de l'homme le dessin de l'univers et des dieux, où le commencement et la fin sont au même instant perceptibles.
...
Le temps cette roue multiple qui ramène les mêmes jours, les mêmes dieux d'un Katun 1 Ahau à un autre Katun 1 Ahau, le temps libère l'homme de la mort, abolit les limites. Voici certainement l'accomplissement de la pensée du peuple Maya, son harmonie, sa beauté, quand le temps, reconnu, vénéré, unit tous les instants passés et à venir en un tableau où tout est enfin visible, depuis le commencement jusqu'à la fin.

J.M.G. Le Clézio, Les Prophéties du Chilam Balam.

La flore, la faune, le climat, l'espace et le temps représentés à l'extérieur de la voûte de chaque caverne par l'image de l'eau vive, du soleil, du maïs et du yucca et du serpent à plumes perché sur un nopal peuvent également être inscrits symboliquement. Alors le cadre de chaque lettre qui détient l'homme prisonnier est un signe du zodiaque, et cette écriture seconde, tout externe quoique hermétique, rayonne en éventail et s'inscrit dans les constellations, projection de la destinée, astrologie...
Pourquoi m'as-tu appris à lire ce livre, Paquita ? J'ai jeté dans la tombe une petite obsidienne taillée en forme de serpent à plume et du nopal. Il n'y a pas d'autre visage de paix dans ton livre : la mort perchée sur la folie des sens.

Blaise Cendrars, L'homme foudroyé.

 

   

 

Il savait se servir d'une machine à écrire et possédait quelques éléments de comptabilité. Il était allé une fois jusqu'à Mexica. Il était capable de lire une carte. Il voyait clairement à quel point ils étaient abandonnés, dix heures pour descendre le fleuve jusqu'au port, puis quarante-deux heures sur le golfe de Veracruz... C'était la seule issue. Au nord, les marécages et les cours d'eau se perdaient dans les montagnes qui les séparaient de l'Etat voisin. Et de l'autre côté, pas la moindre route... rien que des sentiers à mulets et de temps en temps un avion sur lequel on ne pouvait pas compter : villages indiens, huttes de bergers ; à deux cents milles de là, le Pacifique.

Graham Greene, La Puissance et la gloire.

 

L'être comme le maïs, s'égrenait dans l'interminable
grenier des actions perdues, des événements
misérables, du premier au septième, au huitième,
et ce n'est pas une mort, mais plusieurs morts
que chacun subissait.
...
Ils ont tous défailli dans l'espoir de leur mort, de leur courte mort quotidienne :
et son fatal assaut, chaque jour était
comme une coupe noire qu'il buvaient en tremblant.

Pablo Néruda, Canto General.

 

 

Le Café Littéraire / Inspiration mexicaine
 

Haut de page  /  Retour à la liste   /   Bibliographie sur ce thème
Accueil  /  Calendrier  /   Expositions  /  Rencontre  Auteurs  /  A propos