Le  Café  Littéraire /Le  bleu

 

 

       Une chose cependant vous frappait en elle: ses yeux. Ses yeux la résumaient toute entière; il n'était pas besoin de chercher plus loin, c'est là qu'était sa vie. 
       Ces yeux étaient bleus ; bleus comme les lointains en automne — du bleu des brumes que l'on voit se retirer des collines et de leurs pentes boisées par un matin ensoleillé de septembre. Un bleu vaporeux, diffus, où le regard plonge plutôt qu'il ne s'y arrête.

                                                         Thomas Hardy, Les yeux bleus

 

       Pourquoi le ciel est bleu? Lorsque les rayons solaires atteignent l'atmosphère terrestre, les molécules de gaz diffusent la lumière dans tous les sens. Comme ces molécules tendent à diffuser les radiations bleues plus que les autres, le ciel nous paraît bleu. 

JMG Le Clézio, Les géants

 

      Jamais le regard d'Émilie n'avait été si pur. La couleur des yeux certes surpassait en beauté la couleur du ciel, de telle façon que l'espace même du ciel semblait étroit et borné, pour une raison assez curieuse que Roger nous proposa: c'est que les yeux d'Émilie avaient une fixité sauvage tandis que le ciel était indécis toujours. 
       (...)
       Émilie lui avait demandé de quelle couleur étaient les véroniques. Le bleu des véroniques des bois s'approchait le plus peut-être de la couleur de ses yeux. Cela il ne cherche pas à lui expliquer. Mais il lui dit que ces fleurs-là étaient bleues, comme la glace devant eux était noire, c'est-à-dire sans le moindre mélange, malgré la lumière qui rayonnait des véroniques comme du fond de la glace.

André Dhôtel, La tribu Bécaille

 

Le bleu ne fait pas de bruit.
C'est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l'attire à soi, l'apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu'en elle il s'enfonce et se noie sans se rendre compte de rien.
Le bleu est une couleur propice à la disparition.

Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu.

 

       Il y a des couleurs si belles, éblouissantes, que la jeune fille en est paralysée. Parfois, devant elle, émane un instant, dans l'enchevêtrement des formes, des papiers, des tissus, il y a ceci: un ovale bleu, si intense, si pur, un bleu d'une telle force, qui renvoie tellement de lumière, que le cœur s'arrête de battre et que les paumes des mains sont pleines de sueur. Le bleu azur est immobile devant elle et la regarde. Il n'y a jamais eu un tel bleu dans le monde; les yeux des chats persans, les grottes marines, les turquoises, les améthystes, les plumes du martin-pêcheur, les traînées de chlore, les bassins des geysers, le ciel, rien n'a jamais été aussi bleu dans le monde. La jeune fille est prisonnière de la couleur divine, elle respire doucement, ses pupilles dilatées sont fixées sur l'iris ovale qui devient de plus en plus grand. (...) Ensuite des gens passent devant elle, ils masquent la couleur avec leurs corps, et la jeune fille Tranquillité peut recommencer à marcher. Mais elle n'oubliera jamais l'iris distendu qui l'a regardée jusqu'au fond de son âme, comme cela, avec son terrible bleu céruléen impitoyable, qui est l'astre inventé par les hommes. 

JMG Le Clézio, Les géants

 

      Vous objecterez encore que Novalis est le poète « de la petite fleur bleue », le poète du   myosotis lancé en gage du souvenir impérissable, au bord du précipice, dans l’ombre même de la mort. Mais allez au fond de l’inconscient ; retrouvez, avec le poète, le rêve primitif et vous verrez clairement la vérité : elle est rouge la petite fleur bleue !

Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu.

 

       « Le rouge, mon  enfant. Sens-tu comme il brûle ?  Son trait est pareil à la langue des dragons ! Le bleu porte une haleine froide qui soutient l’esprit, au lieu que le rouge porte une haleine chaude qui allume le corps. C’est pourquoi l’encre bleue sert aux écritures, et le vin rouge attise nos entrailles ! »

Olivier Bleys, Pastel.

 

 

   

 Marc Chagall, le cirque bleu, musée Pompidou

 

Beaucoup de fleurs que nous croyons rouges comme celles des bruyères, du trèfle incarnat, des rhododendrons, des cyclamens sont en fait plus pourpres que rouges; les abeilles n'y voient que le bleu qu'elles contiennent et les visitent comme des fleurs bleues! D'autres fleurs, comme la vipérine ou la pulmonaire ont une corolle rouge qui vire rapidement au bleu lorsque la fleur s'épanouit. Là encore, les abeilles n'y voient que du bleu!

Jean-Marie Pelt, Les Plantes (Le mariage des fleurs).

 

 

Le  Café  Littéraire /Le  bleu

 

 Haut de page   /   Retour à la liste   /   Bibliographie sur ce thème 
Accueil  /  Calendrier  /   Expositions  /  Rencontre  /  Auteurs  /  A propos