Le Café Littéraire luxovien / Les Petites fugues 2021  
 
 

 

Lecture - rencontre avec Jean D'Amérique

Le Café Littéraire luxovien
recevait
Jean D'Amérique
le 16 novembre 2021 à 18h30
pour une Lecture-rencontre,
 à/et en partenariat avec la Bibliothèque Municipale de Luxeuil-les-Bains et
l'Agence Livre et Lecture de Bourgogne-Franche-Comté,  dans le cadre des Petites fugues, festival itinérant de littérature contemporaine.


Jean D'Amérique à Luxeuil / Photo M-F. G


par Marie-Françoise :

 

Jean d'Amérique, c'est une voix haïtienne qui veut se faire entendre de part le monde par la voie de l'écriture. Pour faire connaître ses textes, l'écrivain, poète et dramaturge qu'il est, participe à de nombreuses activités connexes, rap, slam, théâtre mis en lecture... et lors de ce Café littéraire luxovien des Petites fugues, il a lu et mis en valeur de sa voix posée, poignante et brûlante d'espoir au milieu de la "nuit" de son pays, de larges extraits d'un de ses recueils de poésie : Nul chemin dans la peau que saignante étreinte, ainsi que de son roman Soleil à coudre. Des textes forts... 

Né en décembre 1994 et grandi à la campagne jusqu'à l'âge de onze ans à Côte-de-Fer, sa langue maternelle est le créole haïtien. Pour poursuivre ses études secondaires, il fut envoyé à Port-au-Prince. S'il est venu à la lecture, à l'écriture, en français, c'est bien sûr quelque part par l'école, -- il a beaucoup lu, a eu de bons professeurs de lettres avec qui il a pu échanger--, cependant, il pense qu'à l'école si on apprend bien sûr à lire et à écrire, on passe beaucoup de temps à apprendre également bien des choses inutiles dans la vraie vie, surtout lorsqu'on est confronté à ses violentes réalités... telles celles d'Haïti. 

En 2013, contre le désir de ses parents, il intégra l'École Nationale Supérieure et la Faculté d'Ethnologie pour des études de philosophie et de psychologie qui l'attiraient. Études qu'il abandonna pour écrire, ce, toujours en opposition avec ses parents qui le chassèrent à l'âge de dix huit ans... S'ils sont en froid actuellement, il pense qu'ils sont cependant au courant de son parcours... Jean qui nous confie «Mon cœur est immense, c'est un grand gâteau que je ne demande qu'à partager» accepterait volontiers une réconciliation... 

Rêveur mais volontaire et obstiné, Jean a donc pris en main sa vie et trace son propre chemin. Suit sa voie. Même s'il n'était pas publié, il écrirait... affirme-t-il. 

S'il a choisi ce pseudonyme dans ses débuts, c'était par envie d'exotisme et parce que c'est un nom qui sonnait bien, et il lui est resté. 

 


Jean D'Amérique à Luxeuil - Photo : Anne Buisson

L'écriture dit-il est un véritable métier qui lui demande beaucoup de travail pour arriver au mot juste, à la beauté du texte. Travail qui ne doit pas se ressentir à la lecture. 

Il porte en lui beaucoup de choses à écrire, mais à cause de ses multiples activités et engagements, il regrette de manquer parfois de temps pour le faire... 

S'il est passé de la poésie au roman, (Soleil à coudre, éd. Actes Sud 2021), c'est parce que le roman lui permet de plus amplement déployer sa poésie. Et son roman tissé de belles métaphores peut-être effectivement qualifié de long poème-douleur, pour reprendre une des expressions employées par son héroïne Tête-Fêlée... 

 

Si l'auteur s'est nourri de ce qu'il a constaté autour de lui et dans les quartiers d'Haïti, son roman reste, et il insiste, une fiction qui lui a permis de déployer, de tisser, l'histoire de personnages, dont il ne décrit pas le physique, mais les ressentis, les ambiguïtés, la quête de leur lumière humaine, leur tentative de reconstruction, ce qui explique le titre Soleil à coudre... 

Jean d'Amérique vit actuellement entre Paris, Bruxelles et Port au Prince, mais lorsqu'il retourne régulièrement dans son pays, il participe pleinement à sa vie, rencontre, côtoie, se mêle aux habitants, prend part aux manifestations s'il y a... C'est un Haïtien engagé, qui se permet... qui risque, et s'il vivait à temps plein dans son pays, il écrirait tout de même ce qu'il écrit, ce qu'il dénonce. Car écrire est pour lui un acte citoyen. D'un citoyen qui ne peut pas rester muet. Qui pense que quelque part ses écrits peuvent apporter à ses compatriotes un espoir, une lumière au milieu du chaos haïtien où ils vivent...

 

Jean D'Amérique dédicace à Luxeuil / Photo M-F. G

  

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