Le Café Littéraire  luxovien/  des mères

 

      C'est l'enfant qui manque à toutes les femmes qu'elles en aient déjà six ou sept ou qu'elles n'en aient aucun. Il manque aux femmes qui n'en veulent pas, à celles qui n'en auront jamais, pour rien au monde, à celles qui en font, à celles qui en veulent. Il manque aux femmes qui avortent, qui ne le gardent pas, à celles qui abandonnent, qui refusent, à celles qui adoptent, qui choisissent, qui espèrent. Il manque aux femmes enceintes, aux femmes stériles, aux femmes qui ne peuvent plus en avoir, aux vieilles femmes.
C'est l'enfant là
pas là, il va et vient comme la bobine qui roule et puis revient. On s'habitue à son absence. Pour elle c'est un fils. Pour d'autres, une fille. Mais il existe. Toutes les femmes ont un enfant.

Camille Laurens, Dans ces bras-là

La Vierge corrigeant l'enfant Jésus, Max Ernst

 

Et alors je cédais, et mourus. Et mes enfants naquirent.

Joyce Carol Oates, Un amour noir

Chacun des fils possède sa force particulière, et chacune de mes filles, son charme bien à elle, et chacun de mes enfants m'est indispensable.
...
Les châtiments corporels sont-ils tellement nécessaires ? (...) Il préconisait cette méthode pour les très jeunes enfants parce qu'ils sont inaccessibles à la raison et dominés uniquement par les instincts et les émotions. Quant à moi, je détestais les châtiments corporels et je les croyais totalement inefficaces.
...
Ne sais-tu pas que ta mère est la personne la plus remarquable au monde ?

Pearl Buck, Je n'oublierai jamais

 

Ce matin-là, mal réveillée, elle ne s'était pas méfiée du miroir...
...le visage de sa mère vint inopinément se substituer au sien, un visage pétrifié de sénilité, la moue de la bouche aspirée par les narines, une moue morne, accablée de l'existence...
...elle ne pouvait plus en être dupe, le temps maternel et, dans son sillage, la mort la rattrapaient tandis que par ailleurs elle s'efforçait en vain de ressaisir le visage antérieur de sa mère, le visage mobile d'avant la dégradation...

Claude Pujade Renaud, Le Sas de l'absence

Les meilleurs ont mâtiné leurs louanges in mémoriam de ces graves conseils : avec vos mères, soyez doux, soignez-les, parce qu'elles mourront et que des remords vous poursuivront. Ce sont là de belles paroles, à ceci près que nul n'entend rien, s'il ne l'a déjà formulé. La vie n'a qu'un maître, c'est l'expérience ; on apprend ce quelle nous fait entrer sous les ongles ; la méditation (le reste aussi) passe comme les nuages.
... Le plaisir dure moins que la peine. Les enfants, les hommes le savent, depuis la naissance ; mais nul n'y prend garde. Ma mère avait peut-être raison de se taire.

Pierre Perrin, Une mère


O toi, la seule, mère, ma mère et de tous les hommes, toi seule, notre mère, mérites notre confiance et notre amour. Tout le reste, femmes, frères, soeurs, enfants, amies, tout le reste n'est que misère et feuilles emportées par le vent.
...
Aucun fils ne sait vraiment que sa mère mourra et tous les fils se fâchent et s'impatientent contre leurs mères, les fous sitôt punis.

Albert Cohen, Le Livre de ma mère

 

Grand-mère Godfrey écourta sa visite, et en guise d'adieu déclara que si nous étions ses enfants, elle nous aurait corrigés avec la courroie de la machine à coudre. Était-elle vraiment la mère de maman? nous demandâmes-nous. Les yeux de maman s'emplirent de larmes à nouveau. Maintenant nous savions comme elle que sa mère n'avait pas été aussi parfaite, après tout, elle était comme toutes les mères, celles que nous connaissions, qui frappaient, criaient, interdisaient que l'on marchât sur leurs parquets cirés; ces mères maigrichonnes sans giron ni tétons; toutes les autres mères à l'exception de la nôtre, toujours douce, qui parlait de la nature et de Dieu, et ne se montrait jamais cruelle envers rien ni personne, et qui, lorsqu'elle racontait que les oiseaux du ciel venaient picorer dans la main de grand-mère Godfrey, parlait d'elle-même en réalité, car c'était dans la paume de sa main que les petits oiseaux verts, les tauhous, posaient leurs pattes menues en forme de brindilles.

Janet Frame, Ma terre, mon île (Un ange à ma table)

 

Que lui avions-nous fait, chacun d'entre nous, jour après jour, pour l'avoir ainsi privée de son moi véritable, comment  étions-nous parvenus à la dépouiller de ce qui lui appartenait en propre pour l'encombrer en échange de notre moi, de notre existence? Ou peut-être n'étaient-ce pas ses possessions dont nous nous étions emparés, mais un jardin où nous avions fait place nette pour y planter profondément nos propres racines; et maintenant que nous n'étions plus là, tous ses bourgeons à elle s'étaient épanouis... en était-il ainsi? Et les coups qu'elle avait reçus, les remèdes qu'il fallait se procurer, les deux enquêtes, sa fille folle, le mari faible qui n'affirmait son pouvoir que par ses manifestations intermittentes de cruauté?
(...)
La vision que j'avais de ma mère se superposait bizarrement à sa présence ― ses cheveux blancs, moins épais à présent, sa bouche édentée (on ne lui avait jamais fait de dentier qu'elle supportât bien), ce nez, venu de la branche Godfrey de la famille, qui pointait comme un bec d'épervier à la rencontre de son menton proéminent (son menton d'«Archevêque de Cantorbéry» disions-nous), son corps fatigué dans son tailleur de chez Glassons (...), ses chaussures pour pieds sensibles achetées à crédit chez McDiarmids, son visage empreint de la même sérénité et son regard, toujours pétillant d'humour quand un événement politique ou personnel l'amusait.
(...)
J'étais fortement obsédée par l'idée que Maman n'avait jamais vécu à sa vraie place, que le monde où elle avait réellement vécu, c'était celui de sa vie intérieure.

Janet Frame, Un été à Willowglen (Un ange à ma table)

 

Nous l'avons enterrée hier, et depuis que son pauvre corps inanimé est sorti de cette maison, il me semble que je suis seule sur la terre. On aime sa mère presque sans le savoir, sans le sentir, car cela est naturel comme de vivre ; et on ne s'aperçoit de toute la profondeur des racines de cet amour qu'au moment de la séparation dernière. Aucune autre affection n'est comparable à celle-là, car toutes les autres sont de rencontre, et celle-là est de naissance ; toutes les autres nous sont apportées plus tard par les hasards de l'existence, et celle-là vit depuis notre premier jour dans notre sang même. Et puis, et puis, ce n'est pas seulement une mère qu'on a perdue, c'est toute notre enfance elle-même qui disparaît à moitié, car notre petite vie de fillette était à elle autant qu'à nous. Seule elle la connaissait comme nous, elle savait un tas de choses lointaines insignifiantes et chères qui sont, qui étaient les douces premières émotions de notre cœur.

Guy de Maupassant, Fort comme la mort

 

 

 

Vous entendez l'Ave Maria de Gounod

 

Accueil  /  Calendrier  / Retour à la liste   /   Bibliographie sur ce thème   
 
  Expositions  /  Rencontre  Auteurs  /  A propos / Sorties